Présentation de Jean-Marc Wiederrecht

Ce 17 avril 2018, nous avons le plaisir de découvrir le chronographe "AgenGraph AGH6361" présenté par notre éminent membre de la Société des horlogers de Genève et fondateur de la société AGENHOR, Monsieur Jean-Marc Wiederrecht. C'est un fin horloger, un perfectionniste discret, un patron atypique proche de ses collaborateurs et très appécié de nos sociétaires.

La famille Wiederrecht

Nous avions déjà eu le privilège de visiter son usine de Meyrin qui offre un cadre de travail verdoyant, lumineux, écologique, avec son jardin arborisé et son ambiance familale. Aujourd'hui, nous sommes impatients de découvrir sa dernière création

Usine Agenhor

Agenhor

 

En 1996, Jean-Marc et Catherine Wiederrecht fondent la société Agenhor dont les locaux sont alors proches de la sortie d'autoroute de Bernex. Comme expliqué par Jean-Marc le nom de la société est la contraction de "Atelier Genevois d'horlogerie". Spécialisée dans la conception et la réalisation de mouvements mécaniques horlogers d'exception, la société Agenhor devient en quelque sorte le "motoriste" de prestigieuses marques horlogères qui emboîtent ses mouvements sous leur nom. En 2009 Agenhor enménage dans ses locaux actuels à Meyrin où elle emploie 24 collaborateurs sous la direction des deux fondateurs et de leurs fils Laurent et Nicolas Wiederrecht.

Collaborateurs Agenhor

Maintes fois récompensée pour ses créations, Agenhor a été la première société à tirer parti des possibilités incroyables qu'offre le nouveau procédé de fabrication LIGA en brevetant son génial profil d'engrenage sans jeu tellement pratique pour des affichages rétrogrades par exemple. Mais, ce n'est qu'un exemple parmis bien d'autres inventions brevetées ou non.

EN 2107. le musée international d'horlogerie de La Chaux-de-Fonds décerne le prix Gaïa à Jean-Marc Wiederrecht pour l'ensemble de sa carrière horlogère. Visionaire, Jean-Marc Wiederercht l'est assurément comme le démontre son dépôt de brevet en 2002 pour un mouvement annulaire. De fait, ce trou au millieu du mouvement avait pour seul but de réserver l'espace nécessaire au mécanisme de chronographe en gestation dans l'esprit de son inventeur. Pour concrétiser ce projet et concevoir le chronographe AgenGraphe AGN6361, dix années supplémentaires ont été nécessaires.

 

Naissance de l'AgenGraphe AGH636

 

Pour nous expliquer sa démarche, Jean-Marc nous fait voyager dans le temps en nous présentant l'évolution des chronographes à travers les âges, images et explications à l'appui. Fort de son analyse sur cette évolution, il relève les défauts des mécanismes existants et nous explique les solutions fort originales qu'il a imaginé pour les améliorer et nous comprenons alors qu'il a réalisé un mouvement vraiment novateur. Il opte pour un affichage central de la trotteuse de chronographe et des compteurs qui dès lors sont concentriques à celle-ci. Il s'est intéressé aussi aux défauts des embrayages de chronographe et est arrivé à la conclusion qu'un embrayage horizontal est une belle solution à condition d'utiliser des roues à friction, c'est à dire sans denture... Cela supprime évidemment tous risque de saut de départ, mais cela comporte le risque d'un glissement puisque la transmission du mouvement de rotation se fait par adhérence entre deux roues. Beaucoup d'inventeurs auraient donc écarté cette idée, mais pas Jean-Marc qui persévère et contourne élégament le problème.

 

Comme cela ne suffisait pas, Jean-Marc ne s'est pas contenté du saut dit "instantané" des compteurs de chronographe actuels puisque ce saut dure dure en général deux secondes et commence souvent autour de la 58ième seconde. L'incertitude de lecture du temps écoulé qui en résulte est universellement tolérée, mais est corrigée dans l'Agengraph par l'invention d'un mécanisme à saut véritablement instantané utilisant des cames en forme de limaçon également utiles à la fonction de remise à zéro des compteurs.

 

Le mouvement présente une épaisseur de seulement 7.20 [mm] pour un diamètre de 34.20 [mm] avec un système de remontage automatique de type Pellaton. Ses deux barillets lui confèrent une autonomie de 60 heures pour une fréquence d'oscillation du balancier de 3 [Hz]. Le mouvement de base AGH6361et les six modules qui viennent se visser dessus totalisent environ 480 composants.

Ces modules fonctionnels sont les suivants (de gauche à droite) :

  • AgenPal : palier lisse monté côté cadran pour un pivotement de la masse sans roulement à billes
  • AgenPit : système de pitonnage du ressort-spiral de balancier sans piton et sans raquette
  • Le mécanisme de remontage automatique
  • AgenGraph : le coeur du mécanisme de chronographe avec les 3 mobiles empierrés sus et sous et la came de saut instantané servant également à la remise à zéro.
  • Le mécanisme de commande du chronographe
  • AgenClutch : Embrayage horizontal à friction

A ceux qui souhaitent comprendre en détail le fonctionnement des différents mécanismes, je recommande le site anglophone QUILL & PAD qui leur consacre un article particulièrement détaillé et agrémenté de vidéos explicatives.
Voici tout de même mes explications en français.

 

L'AgenPal

 

Contrairement aux roulements à billes généralement utilisés pour le pivotement de la masse oscilante, le système à palier lisse est silencieux et affranchi Agenhor d'un soucis d'approvisionnement délicat. Je suis malheureusement incapable de donner plus de détails sur son fonctionnement et sur les matériaux et revêtements utilisés pour en diminuer les frottements. Le choix de positionner ce mécanisme et la masse oscillante côté cadran donne une vision optimale sur le mouvement côté fond de la boîte de montre.

 

 

L'AgenPit

 

Le sytème de fixation du ressort-spiral de balancier est fort intéressant car au lieu d'être collé sur un piton tenu par un porte-piton comme c'est le cas généralement, ce ressort plat est pincé directement sur une sorte de pont que l'on peut tourner pour mettre faire la mise au repère. En tournant la tête de vis située entre les gravages (+) et (-) on agit sur un galet qui, en tournant, déplace la courbe terminale et fait varier la longueur active du ressort-spiral. Le ressort-spiral est finalement pincé lorsque l'horloger tourne l'excentrique entouré de symboles en position "verrouillée".

 

L'Agenclutch

 

Il s'agit d'un embrayage horizontal d'un type particulier puisqu'il se base sur l'adhérence entre deux roues à friction revêtues d'une couche rugueuse similaire à la surface de la lime d'un couteau suisse. Ce revêtement appelé DIANIP garantit une transmission du mouvement rotatif de la roue d'embrayage à la roue de chronographe sans glissement. De plus, deux roues dentées superposées aux roues à friction veillent à ce que les chocs ne puissent pas provoquer de décalage entre les deux roues à friction. La bascule d'embrayage semble classique et peut prendre deux positions : la position embrayée et la position débrayée. Cependant, dans sa position embrayée, il est essentiel que les deux roues à friction soient plaquées l'une contre l'autre par la force d'un ressort appelé poétiquement la "Tulipe" par Jean-Marc. Ce ressort très fin est effectivement terminé par une fourchette rappelant la forme d'une tulipe et il est lui-même une bascule à deux positions commandée par la roue à colonnes. Pour protéger le ressort "tulipe" contre les chocs, des butées intégrées limitent sa déformation.

 

Voici donc la bacule d'embrayage en position débrayée Et, la même bascule en position embrayée
Débrayé

En cas de perte d'adhérence les dentures  jouent leur rôle

 
 

 

Le coeur central de l'Agengraphe

 

Ce mécanisme qui occupe le centre du mouvement sur toute sa hauteur est probablement la partie la plus fascinante de ce mouvement. En effet, le mobile de chronographe, le mobile compteur de minutes et le mobile compteur des heures sont tous trois concentriques au centre du mouvement et empierrés dessus et dessous. Le mobile de chronographe porte une came en forme de limaçon qui agit sur un levier dont la chute déclenche le saut instantané du compteur de minutes. De même, le compteur de minutes porte une came en forme de limaçon qui sert à déclencher le saut instantané du compteur des heures.

Voici le même mécanisme en détail.

 

La remise à zéro du compteur des heures est très simple, puisque ce mobile est remis à zéro par son ressort-spiral de rappel dès que ce mobile est libéré par le frein. Pour le mobile de chronographe et le mobile compteur de minutes, ce sont leurs cames-limaçon qui sont utilisées pour le reset de chronographe.

 

Les montres

 

Les montres emboîtant ce mouvement sont superbes et en plus d'une lisibilité précise, elles offrent à leur porteur une grande originalité comme sur les modèles ci-dessous des marques Fabergé, Singer et Onlywatch Carpe Diem.

Bien qu'il s'agisse d'un mouvement à remontage automatique, la finition haut de gamme de tous les composants n'est pas cachée par la masse oscillante puisqu'elle est montée côté cadran. Ce qui aurait impossible si les compteurs n'étaient pas tous concentriques au centre du mouvement.

Inutile de préciser que cette présentation a suscité beaucoup d'enthousiasme dans l'assemblée constituée d'experts venus nombreux pour cette occasion.

 

Les remerciements

 

C'est donc sous une salve d'applaudissements que notre Président, Monsieur Patrick Wehrli remet le cadeau de remerciement habituel à notre pétillant orateur. La montre apportée par Jean-Marc pour cette occasion passe de main en main et cette conférence se termine dans une ambiance joyeuse comme le montrent les photos ci-dessous.

     
     

Texte de Christophe Lyner
Photos aimablement fournies par Agenhor ou de Christophe Lyner